- Comment est née votre passion pour l’écriture ?
Cela remonte à très très loin ! Dès que j’ai découvert le pouvoir des histoires, j’ai immédiatement voulu en écrire et transmettre le plaisir de lire. Petite, j’ai imaginé et écrit les histoires de la petite Sophie maltraitée (même si ce n’était pas le cas !). Je voyais cela comme une « vengeance littéraire » lorsque j’étais consignée dans ma chambre après avoir été trop pénible ! J’écrivais sur de petites feuilles que je rassemblais avec du fil et des aiguilles pour en former un livre que je laissais ensuite traîner dans le salon. J’entendais ensuite résonner le rire de mes parents qui le découvraient et c’était la plus belle récompense.
- Quelle place joue-t-elle au quotidien aujourd’hui ?
Tout tourne autour de l’écriture, peu ou prou. J’ai toujours deux ou trois projets en tête, et, que ce soit au cinéma, à la Maison de la Poésie à Paris (ma deuxième maison) en concert ou en balade, je ne sors jamais sans mon calepin sur lequel je griffonne des bouts de phrases, des vers, des idées…C’est le B.A BA : cela permet de nourrir cette petite voix intérieure qui ensuite va se déployer à loisir derrière l’écran.
- Y a-t-il un « rituel » de l’écriture dans votre journée et si oui, quel est-il ?
Je cours tous les jours, sans exception. Qu’il pleuve qu’il neige, qu’il vente, fatiguée ou pas, cela réveille mon cerveau, de me mettre en mouvement pour ensuite enchaîner sur l’écriture et me mettre au travail.
- Comment a commencé votre collaboration avec les éditions la Joie de lire ?
Francine Bouchet, la directrice, a été la première à réagir à « Soutif mon amour » (pour lequel j’ai eu trois propositions d’éditeurs). L’équipe s’est emparée du texte avec talent, pour en faire un très bel objet. La réception critique de ce premier recueil a dépassé toutes mes attentes. Le livre a été qualifié par Télérama de « recueil remarquable » ! Pour ce second recueil « Sous ta peau l’orage » le défi était de taille : comment ne pas se répéter tout en conservant l’esprit de « Soutif mon amour » ? L’équipe, là encore, a fait preuve de génie.
- Pourquoi avoir choisi ce format, de la poésie proche du slam ?
En 2017, lors du mouvement Metoo, j’ai immédiatement souhaité y participer et à ma grande surprise, cela a pris la forme du slam qui est souvent associé à la révolte. Il est né en 1986, de la plume de Marc Kelly Smith, ouvrier du bâtiment. C’est un rythme qui gronde, s’amplifie. Le premier poème que j’ai écrit s’intitule « Dans la rue », et traduit mon exaspération face au harcèlement de rue subi par les femmes. J’écris des vers courts et percutants dont je propose aussi des lectures musicales dans les salons, médiathèques, librairies, écoles. Car le slam se déclame en musique.
- Dans « Sous ta peau l’orage » vous dédiez un poème à l’éco-anxiété ou le TDAH…ou encore le syndrome Hikikomori (le repli sur soi). Pourquoi avoir choisi ces thématiques ?
La poésie contemporaine s’empare de tous les sujets (dans « Soutif mon amour » j’ai écrit un poème sur les règles). J’aime particulièrement « matcher » avec mon époque, me saisir d’un sujet actuel pour le slamer. Et je pense qu’exprimer l’angoisse face à une planète en feu (l’éco-colère), cabrioler en vers pour parler du TDAH, explorer le repli sur soi (« dans le ventre de la baleine »), permet de toucher les jeunes d’aujourd’hui.
- Pour finir, quelles sont les lectures qui ont été déterminantes pour vous ?
L’icône reste pour moi Marguerite Duras dont les livres me donnent toujours les larmes aux yeux, notamment lorsqu’elle évoque dans « Un barrage contre le Pacifique » les ventres des femmes cambodgiennes qui enflent et se vident au rythme des marées. Mais il y a aussi le poème « Brûler brûler brûler » de Lisette Lombé, qui m’a mis le pied à l’étrier pour « Soutif mon amour ». Et l’œuvre de Clémentine Beauvais est aussi pour moi une source d’inspiration, par son humour et sa fantaisie